La rencontre du mois avec Axel Basquiat des Penelopes

Axel Basquiat, chanteur et bassiste du groupe français de musique électronique-pop The Penelopes, se confie aujourd’hui à Yapakapari. Axel réside à Londres et est un grand adepte du franglais. Son authenticité et sa cash-attitude font de lui un personnage haut en couleur. De la Belgique aux États-Unis, il a réalisé plusieurs tournées internationales et découvert des festivals à travers le monde entier.


Crédit photo : Alina Gordiyenko

Sandra : Bonjour Axel, très contente que tu aies répondu positivement et aussi rapidement à mon invitation, merci de m’accorder cette interview depuis Londres, où vous êtes basés avec The Penelopes. Allez, commençons efficace et simple : pour toi, qu’est ce qu’un festival ?

Axel Basquiat : Déjà, il faut savoir qu’un festival, c’est très différent d’un concert. En festival, on est plus sur un moment de communion, un peu dans le style « années 70 », tu y viens pour la journée, tu y emmènes tes potes et tu t’en refais d’autres. C’est très convivial.


Sandra : On parle souvent de parenthèse enchantée, mais comment vis-tu un festival toi, en tant qu'artiste ? Est-ce comme une tournée par exemple ou complètement différent ?

A.B. : Le festival, c’est un peu le highlight d’une tournée tu vois. Le point d’orgue en quelque sorte.

Tu retrouves des potes, des musiciens que tu connais, des techos (techniciens, ndlr) que tu aimes bien... Il y a aussi cette atmosphère moins guindée que dans une salle de concert. En plus, les festivals sont souvent l’été et outdoor. C’est très sympa pour nous cette ambiance, même si au fond c’est un peu stressant, et ça le public ne le sait pas forcément. Par exemple, bien souvent on n’a pas la possibilité de faire de vraies balances. Parfois, on arrive sur un festival, on descend de notre van, on doit se brancher et jouer juste 10 minutes après... C’est ça aussi les festoches, mais clairement c’est ce mélange qui en fait le charme.


Sandra : Comment se prépare-t-on à vivre un festival quand on enchaîne les festoches ? Quand on doit répéter et refaire de multiples balances ? Avec le public ?

A.B. : Dans les festivals, les sets sont souvent plus ramassés, plus courts, parfois même avec des chansons dans un ordre différent. Il y a aussi quelque chose que les gens oublient ou en tout cas ne réalisent pas forcément : c’est qu’en pleine journée, il n’y a pas la magie des lights (les lumières, ndlr). Tout le visuel est moins important. Du coup, il y a un aspect plus à nu, plus dans le vif du sujet tout de suite, il y a vraiment cet aspect brut de décoffrage sans les lumières, c’est un peu tout ça qu’il faut gérer lors des répétitions et des préparations.


Sandra : C’est un rythme très soutenu, comment gérer la fatigue et la fête aussi parfois ?

A.B. : Pour gérer la fatigue, eh bien il faut prendre de la drogue en fait...(rires) Non haha, ce n’est pas vrai, c’est une blague débile (sourire) ! Réellement moi j’ai appris à pas mal me discipliner. Avec ma voix de crooner, très grave, si j'enchaîne les nuits de fêtes, elle souffre beaucoup et souvent je peux la perdre. Donc j’ai appris à faire super gaffe. De toute façon, le rythme est tellement hardcore que tu ne peux pas enchaîner les dates en étant trop fatigué. En revanche quand c’est un one off (une date isolée, hors tournée que l’on joue pour un festival, ndlr), là bien sûr la fête est permise. Je me rappelle justement d’un festival en Espagne où je ne me souviens plus du tout de l’après concert, encore moins du retour. Mais globalement en tournée, la plupart des groupes sont sérieux.


Sandra : Tout plaisir a aussi son côté parfois contraignant, peux-tu nous en dire deux mots ?

A.B. : Le côté contraignant en tournée, pour des gars comme nous, c’est que l’on a une vie de renégats. En fait, tu te lèves le matin, tu vas dans ton tour bus, tu fais de la route, tu manges sur une aire d’autoroute et puis tu arrives dans une ville que tu n’as même pas le temps de voir, et encore moins de visiter pour faire ton sound-check.

On a fait une tournée en Angleterre, je peux t’assurer que moi je n’ai rien vu de l’Angleterre à part les salles de concerts. En plus des balances, comme je suis en front, je dois faire les interviews avec la presse locale, du coup tout s'enchaîne assez vite à un rythme plutôt soutenu, donc ça peut vite être fatiguant, même s’il faut avouer qu’on ne travaille pas à la mine non plus, on a beaucoup de chance, on le sait (sourire).


Sandra : Des privilèges à se produire dans des festivals ? Comment les artistes sont-ils traités, pas de violence constatée haha ?

A.B. : Dans les festivals, ce qui se ressent vraiment, c’est l’excitation. Toute la team attend ça depuis un an. Pour les volontaires c’est souvent l’événement de l’été, de la période en tout cas, souvent il y a une forme de candeur, de gentillesse, de bienveillance, et en même temps un degré d’attente et d’excitation... on est super bien traités sur les festivals. C’est très cool, les gens sont super au taquet, c’est très différent des salles de concert.


Sandra : Comment travaillez-vous avec les régisseurs sur place, eux qui ont la tête dans le guidon pendant la manifestation ?

A.B. : Les régisseurs, les équipes techniques les lighteux (les techniciens lumière, ndlr), oui ils ont la tête dans le guidon, mais moi je les adore, ils sont vraiment mortels. Les roadies (les machinistes itinérants, ndlr) ce sont des gars et des filles incroyables qui font des boulots de fou, ils ne comptent pas leurs heures, ils sont super concentrés et au taquet toute la journée. Les timings sont super précis, les groupes tournent sans arrêt dans les gros festivals. Pour les sondiers (les ingénieurs du son, ndlr) c’est la même, ce n’est pas évident de faire le son dans un espace en plein air, les retours, etc. Je respecte à fond leur travail, sans eux on ne pourrait rien faire.


Sandra : Quel festival t'a le plus marqué et pourquoi ? Un souvenir en particulier ?

A.B. : Moi j’adore la vibe du festival de Dour en Belgique, on a joué là-bas et c’était mortel. Un des meilleurs accueils, le public Belge est très convivial, festif, c’est un très bon souvenir. Après j’en ai tellement de super souvenirs de festivals. Et puis il y a les autres (rires), les festivals chelous... Je me rappelle de ce festival à New-York qui s’appelle PS1, sur une grande esplanade. La compagnie aérienne avait perdu tout notre matos, on avait dû tout improviser. Jouer avec un matos qui n’était pas le notre, c’était ultra stressant. Première fois que tu joues à New-York et ça se passe comme ça... mais bon, tu apprends beaucoup.

Sinon, les Trans Musicales de Rennes aussi c’était un super souvenir, on était des bébés à l’époque et c’est un des rares festivals qui se fait en hiver, donc c’est différent là encore.

Ah oui, dans un autre registre, on a fait Monegros, un festival en plein milieu du désert en Espagne. Il faisait 50 degrés sur scène, il y avait des ventilos partout sur les synthés, les amplis, c’était vraiment au milieu de nulle part. Certains arrivaient en hélico, tellement c’est paumé.

Honnêtement, on a la chance de faire des festivals un peu partout dans le monde, Hong- Kong, la Colombie... je n’aurais jamais pu imaginer tout ça.


Sandra : En tant qu'artiste, que penses-tu de la situation actuelle et comment appréhendes-tu l'avenir ?

A.B. : Pour être honnête avec toi, lors du premier confinement, j’étais en Angleterre, j’étais content d’être un peu « slow-down » et de redescendre un peu, ça m’a fait du bien. On devait sortir des singles tout le temps, on voyageait trop… Et là d’un coup, c’était curieux d’être dans cette grande ville et d’entendre la nature, le monde qui ralentissait, moi, ça me faisait du bien. Après ce qui est triste, c’est les gens qui souffrent à cause de la promiscuité et qui perdent leur boulot... ça, ça m’attriste. Mais bon comme on déconne avec la nature, c’est bien aussi quand ça se calme. Nous, on continue d’avancer...on a de la chance, on a fait un beau projet avec Virginie Ledoyen et en ce moment on travaille sur des musiques de films et de séries. Il faut aussi savoir se réinventer en cette période.


Sandra : Un message à faire passer aux organisateurs des festivals après cette longue période de sommeil ?

A.B. : Moi j’ai juste envie de leur dire de tenir bon, que des jours meilleurs vont arriver bientôt. Je pense que 2021 va être encore difficile, mais qu’il faut qu’ils essayent de faire des événements digitaux. Mais bon courage à eux, et on les aime.