La rencontre du mois avec Michael Canitrot

Ce mois-ci, je pars à la rencontre de Michael Canitrot, DJ et producteur, fondateur du Monumental Tour. Il nous parle de son rapport au festival dans cette nouvelle Rencontre du mois !


Crédits : ByDimWorks


Sandra Lou : Quelle est la définition du mot festival pour Michael Canitrot ?

Michael Canitrot : Pour moi c’est la rencontre ultime entre les artistes et leur public, sur un moment d’expérience unique, qui doit être inoubliable et laisser un souvenir impérissable dans l’esprit des deux protagonistes, le public et les artistes.


SL : En tant que DJ tu as été plus régulièrement amené à jouer en clubs, mais as-tu quand même pu ambiancer des festivals, si oui lesquels ? Un souvenir précis ?

MC : Oui, j’ai eu la chance de mixer particulièrement dans quelques festivals en France, comme par exemple le festival « Electric Park » qui est organisé par le Dj Joachim Garraud, à côté de paris, sur l’île des impressionnistes à Chatou.

Ça reste un de mes meilleurs moments en France parce que c’est vraiment un festival où on a l’impression de jouer à domicile. On est proche de Paris et du coup cette ambiance-là, de proximité, donne un côté très spécial à l’expérience puisqu’on a (avec nous NDLR) sa famille, ses amis proches, sur une date quasiment parisienne et comme c’est là où je suis basé ça permet de revoir des gens et en même temps de créer une énergie, une expérience avec toutes ces personnes-là. Du coup cette date, à « Electric Park » est très spéciale pour moi.

Ensuite, dans les expériences un peu plus « exotiques », il y en a une en particulier. Cet endroit s’appelle « Green Valley », c’est un énorme festival au Brésil que j’ai eu l’occasion de faire, (au moment des fêtes de fin d’années là-bas puisque les saisons sont inversées), donc au mois de janvier. « Green Valley » c’est comme un immense club, mais qui fait des festivals, c’est comme une immense salle à ciel ouvert, qui est nichée au milieu de la jungle…En fait, c’est entre la jungle, la montagne, la mer, dans le sud du Brésil à Camboriu et ce lieu, ce festival, cette ambiance, resteront extraordinaires. Il devait y avoir à peu près 20 000 personnes nichées comme ça au milieu de la jungle avec une ambiance totalement folle…Je me souviens avoir mixé jusqu’au lever du soleil. Et là, tu commences à découvrir tous ces visages devant toi encore plus illuminés avec la lumière du jour ça reste vraiment un souvenir exceptionnel, impressionnant et en plus avec un public extrêmement festif, communicatif comme peut l’être le public Brésilien.



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SL : Tu as à coeur de marier la musique électro et le patrimoine, c'est en tout cas le message de ton Monumental Tour. Si demain tu devais créer ton propre festival, tu y mélangerais quoi cette fois-ci?

MC : Oui clairement, c’est le concept du Monumental Tour, soutenu depuis le début par notre super partenaire le Crédit Mutuel, qui aime la musique et ce projet. J’aimerais creuser cette piste, avancer pourquoi pas justement sur un projet de festival Monumental Tour. Ce serait finalement un format complémentaire avec les évènements qu’on peut faire : soit des soirées uniques, soit des captations pour la télévision, les réseaux sociaux. Le festival finalement serait une nouvelle corde à notre arc et permettrait de proposer quelque chose de différent au public, une expérience qui pourrait par exemple être sur plusieurs jours, à travers un ou plusieurs monuments. Mais effectivement, c’est une idée qui germe dans ma tête déjà et j’espère que j’arriverai à la réaliser, pourquoi pas, dans les années à venir.




SL : Imaginons que lors d'un festival, on te confie la programmation du plus gros concert... Quel serait ton line-up de rêve ? (ta top liste d'artistes, tes sons préférés, tes influences) , on y verrait qui et pourquoi ?

MC : Cette question n’est pas évidente, parce qu’en tant que passionné de musique, faire des choix ce n’est pas évident et se faire une programmation juste pour moi, ce serait un peu trop réducteur…Donc là si je me mets un peu dans un mélange entre mes goûts et finalement ce que j’aimerais proposer au public, je pense qu’ils aimeraient aussi découvrir quelque chose de différent. J’aimerais construire ce concert comme une évolution, comme un voyage musical où on commencerait de façon assez posée, assez calme et on monterait progressivement vers quelque chose d’un peu plus électronique et ensuite on finirait par quelque chose d’un peu plus universel. Donc je débuterais avec un groupe qui s’appelle Dead Can Dance, il y a un côté très spirituel, un peu un côté « église », qui est vraiment très prenant et du coup j’amènerais les gens finalement dans ce côté-là. Moi je compare souvent la musique électronique, les festivals, à de grandes messes…

Donc ce serait l’occasion de rassembler, de ramener tous les gens au moment du coucher du soleil avec cette musique-là. Je continuerais ensuite avec quelque chose d’un peu plus électronique, avec un gros live electro pourquoi pas avec les Chemical Brothers, ils font toujours des lives vraiment intéressants, avec des très beaux visuels.

Ensuite on continuerait avec un live de Justice histoire de bien faire exploser l’énergie, et que ce soit vraiment très fort. Et pour finir, cerise sur le gâteau, pour mettre tout le monde d’accord, pour célébrer, pour se rassembler tous ensemble : un live de Stevie Wonder pour terminer sous les étoiles tous ensemble…et là, ce serait vraiment LA soirée magique.


SL : Toi qui est fan absolu de scénographie, y a t-il un festival en France ou en Europe qui t'a scotché en tant qu'artiste ou festivalier d'ailleurs !?

MC : C’est vrai qu’il y a beaucoup de festivals qui se font vraiment, (on va dire), une surenchère au niveau de la scénographie, et c’est bien parce que ça pousse la créativité, la technologie, la technique à son paroxysme et du coup ça permet d’aller toujours plus loin, de créer de nouvelles expériences. Après, finalement il y a un festival qui sort un petit peu du lot, avec une expérience vraiment à part, et qui s’appelle « Burning Man ». Là, on est plus sur une rencontre entre un moment hors du temps, la création contemporaine/l’art contemporain, les créations d’oeuvres, avec des multiples stages*, à droite et à gauche. Donc ce n’est pas forcément le plus impressionnant, même si quand le Burning Man est brûlé à la fin, ça reste toujours un moment fort…Mais pour moi, en termes d’atmosphère, d’ambiance de scénographie et de richesse artistique, ça reste LE festival le plus intéressant et le plus expérimental aussi sur la partie rencontre notamment avec la création contemporaine, l’art digital et la musique.



Crédits : ByDimWorks


SL : Tes conseils pour un festival réussi ?

MC : Avant tout, c’est évidemment une belle programmation…une programmation aussi avec des surprises. Je pense qu’on vient en festival pour découvrir des jeunes talents, des artistes étrangers, ou des artistes aussi un petit peu oubliés, qu’on pourrait ré-inviter finalement, histoire de vraiment faire une belle découverte donc à tous les niveaux.

La musique, c’est essentiel, mais pas uniquement des gros noms… il faut aussi des surprises. Et puis une programmation qui est audacieuse, qui prend des risques avec un parti pris, et qui permet de faire découvrir des choses.

Ensuite, le lieu, pour moi c’est la deuxième chose la plus importante.

Être dans un cadre un peu exceptionnel, hors norme. On peut dire que l’ADN d’un festival est de proposer un évènement lié aussi à ce lieu, qui permet de créer un souvenir par rapport à l’endroit, au cadre dans lequel on est.

Donc c’est très important, et puis ensuite, bien évidemment, c’est le public, c’est la composante peut-être la plus importante.

Avoir un bon public, festif, un bon mélange entre les connaisseurs et les curieux. Tout cela créé une belle atmosphère, quelque chose de très diversifié. Aller en festival c’est aussi rencontrer des gens de divers horizons, de différents pays et ce mélange aussi est extrêmement important.


SL : Le festival le plus bizarre que t'aies fait ? / Ce que tu détestes le plus en festival ?

MC : Bizarre ce n’est pas vraiment le mot, mais atypique plutôt puisque j’en garde quand même un très bon souvenir.

C’était le « Festival’Tho » à Val Thorens où j’ai mixé en fait tout en haut des pistes, à la tombée de la nuit. Il faisait extrêmement froid, c’était en plein hiver, avec que des gens en combinaisons de ski, et cette ambiance si particulière finalement d’être au sommet d’une montagne totalement enneigée, avec des gens déguisés comme des astronautes en face de soi, ça reste une image assez atypique et un souvenir qu’on pourrait qualifier d’extrême…mais très festif au final, très belle ambiance, avec des images inoubliables qu’on garde en tête après avoir vécu cette expérience.


SL : Le mot de la fin ?

MC : Un mot que j’aimerais adresser surtout à tous les gens qui gravitent autour du monde de la musique, des festivals, des évènements…

Qui ont connu une période très sombre depuis l’arrivée du covid, donc bien entendu les artistes, les organisateurs, les techniciens, tous ces gens qui se sont posés beaucoup de questions…Qui ont eu peur aussi finalement de ne pas pouvoir continuer leur passion, ou de devoir changer de cap.

Mes pensées se tournent surtout vers eux. J’aimerais leur dire que finalement on a tenu bon, même si ça a été dur, que peut-être il y a eu de la casse…Mais en tout cas la lumière est au bout du tunnel, on commence à bien la voir arriver, ça a repris, ça va reprendre de plus en plus belle donc voilà : la vie va reprendre, la musique va reprendre, le festivals vont reprendre et tout le monde a hâte de vous retrouver et de nous retrouver tous.


*scènes