La rencontre du mois avec Mat Bastard

Ce mois-ci, je pars à la rencontre de Mat Bastard, leader du groupe Skip The Use. Mat est producteur, acteur et co-fondateur de B&M Productions. Il nous parle de son rapport au festival dans cette nouvelle Rencontre du mois !



Mat Bastard.
Crédits photo : Nicko Guihal

Sandra Lou : Un festival pour Mat Bastard en 3 mots ?

Mat Bastard : C'est un espace de rencontre, pour découvrir des nouvelles personnes, un brassage de publics différents.


SL: Ton meilleur souvenir de festival (enfant) et ton meilleur souvenir aujourd'hui en tant que père de famille ?

MB: Whaaa c’est dur, plein. Peut-être un festival punk en Belgique, le Groezrock. Il y avait beaucoup de groupes punk Californiens! Aujourd’hui, le Main Square festival, c’était la première fois que mes filles me voyaient sur scène, super cool.


SL: Ta plus grande folie sur scène ?

MB: On était aux Ardentes en Belgique. On était un tout jeune groupe avec Skip The Use, sur une petite scène et pendant le concert j’ai emmené le public sur la grande scène pour qu’on ait l’illusion d’être un groupe important... Une connerie qui m’a valu de ne plus jamais rejouer là-bas ! (rires).


SL: Skip The Use était un groupe très demandé en festival, pourquoi? Et pourquoi à ce point ? Le truc qui plaisait aux organisateurs, c'était quoi ? que tu mettes le dawa sur scène ?

MB: On est très demandés parce qu’on est formidables (rire). Je ne sais pas, on aime les festivals, on aime la scène, rencontrer le public, susciter la prise de position, qu’il y ait un échange. Les organisateurs de festivals font ce job pour les mêmes raisons, on se retrouve. On est énergiques. Se retrouver devant un public, faire la fête avec lui ça nous suffit.


SL: Qu'est-ce que ça fait d'être un groupe "moins connu" au départ (Carving), qui se lance dans une arène de festival, puis ensuite d'être un groupe star (Skip The Use)... le rapport au public ? L'intensité ? Et la différence aussi ?

MB: J’ai eu la chance avec Carving, pendant 16 ans, de faire beaucoup de festivals, d'accumuler pas mal d'expériences...de rencontrer du monde, ça n’a pas de prix. J’ai appris ce qu’était l’intensité. Ce n'est pas une question de notoriété, c’est une question d’envie, faire quelque chose de bien. Tu peux te pointer en festival, être inconnu et tout retourner parce que tu as réussi à trouver comment prendre le public, créer une alchimie, et il n’y a pas besoin d’être une star pour ça… Il y a aussi plein de stars qui viennent en festival et c’est nul. Avec Skip The Use, on est un groupe avec une plus grosse notoriété, mais notre intensité n’a pas changé depuis Carving, donc c’est surtout de ne pas oublier pourquoi on monte sur scène. Quel que soit ton projet, quelle que soit ta notoriété, tu sais pourquoi tu y vas, et tu restes fidèle à ce qui te plait, ce qui te définit. Donc à partir du moment où tu ne changes pas, où tu restes honnête-intègre, les gens le sont aussi et te suivent.


SL: Combien de festivals en moyenne as-tu fait? Tu les as comptabilisés pour te faire une idée ?

MB: Depuis 25 ans, énormément ! Je n’ai jamais compté sinon ça me rappelle que je suis vieux (sourire).


SL: Un festival que toi tu aimerais faire en France et que tu n'as pas encore fait ?

MB: On n’a jamais joué à We Love Green, je ne pense pas qu’on ait joué à La Fête de l'Huma. On est un pays de festivals, il y en a toujours de nouveaux tous les ans, et ça c’est cool, tu ne te lasses jamais.


SL: Si Skip The Use avait dû être un festival ?

MB: Un mélange entre les Eurockéennes et Solidays pour l’engagement, ce que ça représente d'aller là-bas, pour le geste que tu fais en achetant ta place. La prog, le public, l’endroit qui est mortel. Et les Eurockéennes pour les mêmes raisons, les Vieilles Charrues aussi. Honnêtement je t’ai cité des gros festivals, mais il y a aussi des plus petits, familiaux, qui sont incroyables. Mon festival idéal, ce serait avec un but, de l’ouverture d’esprit, de la tolérance, de l’énergie… Rock, électro, métal, hip-hop, de la musique chelou et des gens partout !


SL: Tu peux nous raconter cette anecdote à tes 14 ans, cette histoire de cassette et d'étiquette modifiée que le festival de Dour a reçu de ta part ?

MB: Le festival de Dour faisait un tremplin pour permettre à des jeunes groupes en développement de jouer. Il fallait envoyer une cassette. On avait que des enregistrements de merde, on a fait une cassette d’un groupe américain pas trop connu en disant que c’était nous et on a gagné ! Donc les jeunes, si vous voulez réussir, vous avez compris… faites des cassettes de Maitre Gims (rire).


SL: Beaucoup d'artistes nous parlent de Dour. Pourquoi ce festival est un festival superstar selon toi ?

MB: C’est un des festivals les plus éclectiques, les plus anciens, les plus innovants et les plus indie en Europe. Le genre de festival dans lequel tu peux retrouver Skip the Use, Gojira, Sophie, il y a une scène électro, indie, une programmation éclectique, c’est la Belgique, ils ont tout compris.


SL: La pression d'une organisation comme un festival se ressent-elle sur les artistes?

MB: Pas vraiment. On est assez bien protégés par les partenaires, ce qui nous permet de nous focaliser sur l’artistique. Dans des festivals plus familiaux, on sent que ce sont des gens qui ont mis beaucoup d’eux pour que ça ait lieu. Nous, artistes, on a à cœur que les choses se passent bien et que ça réussisse pour que ça se pérennise. Lorsqu’on est tête d’affiche, on se dit : “j’espère qu’on va ramener du monde, que ça va être une édition cool”, pour participer à cet élan créatif pas simple d’un festival. Avec Skip, sans trop se mettre la pression, on y pense.


SL: Les festivaliers aiment voir les artistes de près. Un festival donne-t-il la possibilité au public de sentir au plus près l'intensité de tes performances sur scène, ou c'est plutôt le cas pendant un concert, une tournée du groupe?

MB: Que ce soit en festivals ou en tournée, on va toujours le voir. Sur ma tournée solo, on faisait un morceau carrément au milieu du “pit”, même en festival on est du genre à aller dans la foule, aller voir les gens… Qu’il y ait un échange, on aime que le public soit acteur ; à lui d’aller sur scène et nous dans la fosse. Pour se rendre compte qu’il n’y a pas de différence!


SL: Tu as fait des rencontres pro déterminantes pendant certains festivals? Avant et après ta notoriété ?

MB: Quand on a joué avec Rage Against The Machine au début de Skip The Use ça a été déterminant parce qu’on a eu la chance de voir un projet exceptionnel, légendaire, abouti, au moment où nous on était en train de tout construire, donc c’était hyper instructif. A ce même festival on était aussi avec MGMT et Vampire Weekend qui faisaient leur première date en Europe, donc on était tous en train d’apprendre, il y avait une vraie émulsion!


SL: Des acteurs de festivals qui ont été de vrais soutiens pour toi ?

MB: Je vais parler de Luc Barruet de Solidays, qui nous a programmés sur la grande scène à minuit après nous avoir vus dans une petite salle à Paris, alors qu’on était inconnu... Grâce à lui, beaucoup nous ont découverts, on lui doit beaucoup. Au-delà de ça, j’ai rencontré un ami qui m’a sensibilisé à la cause de solidarité Sida et qui m’a fait devenir parrain. Luc gagne à être connu, une belle personne que je suis heureux de compter parmi mes amis.


SL: Qu'est ce qui fait qu'un festival devient emblématique pour les artistes et le public?

MB: La rencontre. Il n’y a pas de mauvais concerts, que des mauvais groupes. Quand on fait de la merde, c’est notre faute. Quand c’est mythique et légendaire, c‘est parce qu’on a été excellents, et il y a des moments incroyables où tout le monde est excellent : le public, le groupe, l’organisation, et là ça fait des trucs incroyables... quel que soit le festival. Un festival c’est une rencontre, un instant, entre un public - un artiste - une organisation. Quand la magie opère, ça crée cet « incroyable » !


SL: Qu'est ce qui t'a le plus manqué, loin des festivals ?

MB: Quand un groupe de Rock n’a pas l’occasion de jouer, alors que le rock a besoin de réalité, du public, quand tu lui enlèves ça, tu le tues. Ça a été extrêmement difficile, j’ai vu plein de potes qui ont dû arrêter la musique, faire autre chose, leurs boîtes ont périclité. Ça a été catastrophique et je pense qu’on mettra des années à s’en remettre. C’est compliqué pour des festivals. La culture française et internationale a été impactée. Il faut se retrousser les manches et rebâtir du solide, on a l’envie, l’état d’esprit positif, on s’est pris une belle baigne dans la gueule, il va falloir du temps, mais on va y arriver !