La consolation

Mathias Malzieu, musicien, chanteur, écrivain et réalisateur

CRÉDIT PHOTO : JOEL SAGET / AFP

Aujourd’hui, les festivals sont des parcs d’attractions désaffectés. De grandes roues rock’n’roll rouillent en silence, le vent les traverse comme si de rien n’était. Le fantôme de la foule s’y promène en écoutant chanter des oiseaux paumés. Il ne nous reste plus qu’à trouver un peu de beauté dans ce manque. Comme lorsqu’il faut se casser une jambe pour se rendre compte à quel point le bon fonctionnement d’une jambe est un miracle de joie quotidienne.

Il ne reste plus qu’à trouver un peu de beauté dans ce silence, juste avant le prochain impact joyeux. Il ne reste plus qu’à se réjouir du retour vers le futur de ce prochain été, avec ces festivals boitillants, emplâtrés dans les chaises et les masques. Le « mieux que rien » sera beau, si on le décide. Artistes, organisateurs et public. Je crois que tout le monde en brûle d’envie autant que de besoin. Alors allons-y ! Adaptons-nous ! Inventons des « essuie- glaces pour lunettes » pour le public qui chantera sous son masque s’il faut ! Puisque nous n’avons pas d’autre choix, ré- inventons-nous. Fabriquons le mal pour le bien de ce temps frustrant et sortons de nos zones de confort.

Alors, oui, c’est sûr, la houle-foule multicolore et ses ondulations vont nous manquer. Oui, c’est sûr, quelque chose de physique et ludique va nous être terriblement empêché. Mais nous risquons de vivre un été de festival historique. Grand concours de danseurs sur chaise, et pour une fois les enfants et les ainés pourront voir AC/DC au premier rang sans se faire bousculer. Maigre consolation que ces festivals assis, masqués et limités. Mais profitons à fond de ce qui pourra quand même se faire en attendant le grand mieux.

Et en 2022, guerre atomique de la joie et des décibels !